La souffrance

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La souffrance

« Ce n’est pas ce que je vous dis qui vous blesse : ce sont vos propres plaies intérieures qui réagissent lorsqu’elles sont touchées par mes propos. » Don Miguel Ruiz

Un jour j’ai entendu ma voisine parler à son fils sur un ton méprisant et à voix haute pour que tous entendent:

Tu es tellement ridicule dans ces vêtements, change-toi immédiatement, comment pourrais-tu être aimé habillé comme ça.

Alors j’ai ressenti une flèche me transpercer le cœur. Une colère s’est éveillée en moi envers ma voisine, mêlée à un sentiment de protection envers ce jeune garçon qui ne cherche qu’à se retrouver dans son style.

J’aurais voulu intervenir, mais j’ai préféré rester distante pour ne pas aggraver la situation. Je savais qu’à ce moment ce jeune était démoli; il recherche l’approbation et au lieu de cela il reçoit du mépris. Comme le célèbre psychiatre Sigmund Freud le disait :

Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons.

Ayant vécu des situations semblables, je sais comment se sent ce jeune. Je suis tellement en colère et chagriné en même temps que je n’arrive pas à me concentrer sur mon travail. J’ai toutes sortes de scénarios qui se créent en moi… ce que je dirai à la mère, au jeune, comment j’aurais dû ou pu intervenir.

« Attention, Hélène, tu dois te calmer, reprendre le contrôle sinon tu vas avoir de la difficulté à dormir ce soir »

Mais il n’y a pas d’interrupteur pour ce mécanisme, cette colère mélangée au chagrin m’ont envahi et ce sont toutes mes cellules qui ragent et pleurent en ce moment.

Quelque part en moi je la hais d’avoir prononcé ces mots, de ne pas essayer de comprendre son jeune fils et de le supporter dans son cheminement; nous sommes tous perdus à cet âge. C’est de la compréhension dont il a besoin, de support, un peu de compassion… ce n’est pas trop demander.

« Attention, Hélène, tu te perds en ce moment, là ce n’est pas lui qui souffre, c’est toi. Ce sont tes propres plaies qui s’éveillent à travers cette situation »

« Je ne souffre pas, je suis choquée du manque de savoir-vivre de certaines personnes! »

« Hélène, tout ce que tu perçois est influencé par ton propre passé. Interprété par tes résolutions de situations. Tu n’es plus toi-même en ce moment, tu es celle qui a mal vécu un passage de sa vie. C’est pour cette raison que tu réagis aussi fort »

« Je comprends, mais ce n’est pas moi, c’est elle qui fait tu tords à son enfant! »

« Je suis consciente qu’elle aurait pu intervenir d’une autre façon plus consciente et constructive. Mais ta réaction, elle, t’appartient. Ce que tu perçois ne devrait pas t’impacter autant. Avoir une opinion c’est bien, mais réagir aussi fort, cela veut dire que la situation extérieure a éveillé en toi une situation passée mal vécue »

« Ma mère ne m’a jamais dit que j’étais habillé comme un clown. Je ne vois pas comment cela serait lié à mon passé »

« Ce n’est pas à travers des évènements identiques, mais des concepts que notre passé se miroite dans les évènements présents. Ta mère ne t’a peut-être jamais fait de remarque sur tes vêtements, mais as-tu déjà vécu un manque de support, ou de compréhension face à tes choix ou décisions quand tu étais jeune? »

« Oooh que oui, mon père n’était jamais d’accord sur le choix de mes copains et ma mère ne m’a jamais supportée sur mon choix de carrière. J’aurais tellement aimé un peu plus de compréhension de leur part et surtout du support, mais je devais me plier à leurs exigences et cela me mettait en rage intérieurement, je pleurais en silence pour ne plus avoir d’argument à sens unique. Je me suis résignée sur mes goûts pour acheter la paix avec eux, mais j’étais en guerre avec moi-même. J’étais frustrée, désolée et déchirée à ce moment, mais aujourd’hui je comprends qu’ils voulaient mon bien »

« Tu n’as pas vraiment compris ma chère, tu t’es tout simplement résignée. Tu as gardé en toi toute ta colère, ta déception et un sentiment d’indifférence envers toi-même. Cette situation extérieure ne fait qu’éveiller ces émotions enfouies en toi afin de t’aider à te libérer une fois pour toutes »

« Je ressens en ce moment la colère que j’avais envers eux. Mais pourtant je les aime, je comprends et leur ai pardonné »

« La femme en toi a fait la paix, mais l’enfant brimé en toi souffre toujours. L’émotion qui monte en toi n’a rien à voir avec la situation de ta voisine, c’est l’émotion enfouie en toi qui refait surface. C’est le cadeau de la vie de te créer des situations dont tu es témoin afin de te libérer de ton passé, qui te voile la réalité. Repositionne-toi en ce moment où tu vivais cette non-compréhension et par écrit, laisse sortir avec toute l’intensité du moment ce qui aurait dû sortir à cette période si tu avais eu la possibilité de t’exprimer. Dans ton exercice d’écriture, écris comment tu aurais aimé qu’ils se comportent avec toi. Le but de l’exercice est de libérer la jeune personne en toi qui a vécu l’injustice de ce moment-là. Ensuite, identifie ce qui est ressorti, et tu constateras que c’est exactement ce que tu percevais dans le rapport de ta voisine avec son fils »

« Est-ce que c’est toujours ainsi? »

« Oui, un adulte arrive à rester simple témoin détaché devant une situation, sinon c’est que c’est son passé qui s’exprime.
Cela ne change rien au scénario devant toi, seul ton état est affecté. Ce n’est pas du contrôle, c’est une occasion de conscience et de libération. Tu percevras toujours la victime en fonction de ton passé de victime et l’agresseur en fonction des agressions que tu as vécues et le sauveur si tu interviens en fonction de ton désir d’être sauvé… C’est ton histoire dans un autre scénario qui se répète à quelques détails près »

« Si je libère, comme tu me le proposes, les émotions qui m’envahissent en ce moment, je ne percevrais pas les situations de la même manière ? »

« La situation ne changera pas, ta réaction changera, ta perception changera, ton degré d’interprétation changera. Comme l’a si bien cité le célèbre physicien Max Planck et repris par Wayne Dyers,

« Quand vous changerez la façon dont vous regardez les choses, les choses que vous regardez changeront »
« Alors si je comprends bien, ce n’est pas ce qu’elle a dit ou fait qui m’a blessé, mais bien mes propres plaies intérieures qui réagissent lorsqu’elles sont éveillées par des situations ? »

« C’est bien ça, se libérer de son passé enfoui, en identifiant ce qui nous fait réagir dans le présent, c’est se libérer et trouver la vraie liberté. C’est ça vivre! »

Jean-Pierre Gagné

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